Archives du blog

Concept majeur de l’esthétique japonaise fréquemment utilisé dans les arts et la littérature depuis l’époque de Heian (794-1192) et défini au 18e siècle par l’écrivain Motoori Norinaga, le mono no aware exprime l’idée d’un sentiment fugitif et diffus lié à l’impermanence de toutes choses (mujô), une des caractéristiques essentielles de l’existence dans la philosophie bouddhiste.

Motoori Norinaga voulait montrer le caractère unique de la culture japonaise et sa capacité à expérimenter le monde objectif de façon direct, à comprendre avec compassion les objets et le monde naturel qui l'entourent sans avoir recours au langage ou à d'autres formes intermédiaires.

Comprendre le monde directement, expérimenter la complétude de la vie en rencontrant des choses (mono), accepter ces rencontres qui émeuvent et touchent (aware - dont l'étymologie dériverait de l'exclamation "a-a", exprimant l’indéfinissable devant de telles manifestations, en anglais "the ahh-ness of things").

L’acceptation tranquille d’un monde en transition—l’admiration des fleurs de cerisiers se fanant
en automne, la lune cachée par un voile de nuages—le plaisir innocent et éphémère goûté à l’activité quotidienne ou encore le contentement procuré par la précarité de sa propre existence, sont
ainsi des exemples typiques de cette «tristesse sereine», de cette «poignante mélancolie des choses».

A l'inverse des émotions suscitées par les choses immuables, figées et grandioses, la conception de la beauté au Japon s'attache aux éléments mobiles, mortels et éphémères par essence.
L'idéal de beauté et de perfection ne serait donc pas incarné par un objet extérieur (une peinture, une sculpture, etc.) mais bien dans ce sentiment fugace et intérieur né d'une rencontre particulière.